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Propos croquis et notes au sujet de l'évolution d'un village de Provence depuis les années 70 jusqu'à aujourd'hui. Atelier téâthral de Provence (ATLP) ou comment former de jeunes chanteurs et comédiens et favoriser une véritable insertion professionnelle au travers de spectacles, mêlant artistes confirmés et artistes débutants en ignorant volontairement les barrières jetées artificiellement entre les différents genres musicaux.

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COMPLEMENTARITE

Il est infiniment triste de constater que notre époque favorise le ressentiment, la jalousie, l’envie…Toutes choses qui divisent au lieu de rassembler. Il est de bon gout de créer des clans en déclarant que les « riches » le sont au détriment de ceux qui ont des moyens financiers plus limités. Tout ce qui est considéré comme du luxe est honni ! Pourtant bien des objets, des marques devenues célèbres doivent leur célébrité à des hommes et des femmes qui au départ ne bénéficiaient d’aucun privilège matériel et je pense qu’il serait utile que soit introduit dans nos écoles des cours qui permettraient à tous de connaitre ce que fut la vie de ces créateurs qui sont à l’origine de produits qualifiés de luxe. C’est à la suite de mon AVC que je découvrais l’histoire de Charles Jourdan : obligée de me faire faire des chaussures sur mesures (chaussures remboursées, dans notre pays, par la sécurité sociale…) Comme dans le même temps j’étais en train d’écrire mon livre « Une Porte Entr’ouverte » je décidais d’aborder ce problème dans un chapitre et, du coup, je me suis documentée sur trois de ces hommes qui furent à l’origine d’objets  d’articles qui figurent aujourd’hui parmi les plus prestigieux du savoir-faire français ! Je vous invite à me retrouver en grande conversation avec Cody :

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…Parce qu’il serait temps que l’on arrête de nous faire croire que d’un côté il y a les « mauvais » riches, patrons, exploiteurs etc.… et de l’autre les « travailleurs exploités ». Je n’aime pas ces situations créées de toutes pièces qui engendrent de la haine et ne permettent pas aux gens d’avoir une vision objective des situations. Tu vois je crois qu’il serait grand temps de redonner leur vraie signification aux appellations comme  ouvriers  par exemple et (l’un n’allant pas sans l’autre) au mot « atelier » : L’atelier, par excellence un lieu où l’on crée, où travaille un groupe de personnes sous la direction de personnes qualifiées. A l’origine l’atelier était consacré principalement au travail du bois : ce sont donc des métiers manuels qu’exerçaient les hommes regroupés dans ces ateliers. Formés par des maîtres en la matière en sortaient des ébénistes, des charpentiers, des sculpteurs…Ils pouvaient soit s’installer à leur compte soit travailler pour un patron acquérant alors le statut d’ouvriers. De nos jours ce mot est tellement galvaudé et les métiers manuels tellement dépréciés que l’on nous fait croire qu’être ouvrier c’est être condamné à être exploité par « d’infâmes » patrons créant ainsi l’envie, la jalousie et le désir de « revanche » Il serait bon de se souvenir que c’est des ateliers que sont issus des hommes qui grâce à leur créativité et leur savoir-faire  sont devenus des grands noms dans leurs spécialités et du fait même du travail  demandé pour la réalisation de ce qu’ils ont conçu, ont vu  leurs produits (que ce soit un bateau, une maison, un sac ) atteindre des prix forcément élevés et là encore comme cela n’est pas à la portée de personnes ayant des revenus modestes ces produits sont considérés comme objets de luxe. Luxe que l’on vilipende trop souvent  car c’est faire montre de mépris envers le travail d’ouvriers, d’ouvrières qui  contribuent à un artisanat de grande qualité (Vuitton, Hermès…) dont toutes et tous sont  fiers, fiers du savoir-faire acquis, fiers de leur travail. De nos jours dire « c’est un riche » sonne comme une insulte. Il y a effectivement des gens de cette catégorie qui sont imbuvables. Ils se trouvent surtout chez ceux que l’on peut appeler les « nouveaux riches ». Quand cette richesse a été acquise grâce à l’inventivité et au travail d’un homme, d’une famille (comme c’est souvent le cas) cela mérite le respect : il n’est pour s’en assurer qu’à lire leur histoire comme celles des familles Vuitton et Hermès :

Louis Vuitton (né en 1821)  est issu d’une famille modeste. Son père est menuisier ; l’enfant tout naturellement observe d’abord son père dans son travail puis au début de son adolescence commence à se servir des outils paternels avec beaucoup de dextérité. Lorsqu’il atteint ses quatorze ans il décide  de quitter sa famille pour aller tenter sa chance à Paris.

-       C’est une bonne idée ! Si j’en faisais autant je pourrais peut-être passer à la télévision et devenir célèbre ?

-       Je vois ça d’ici : une émission de téléréalité : on convoque plusieurs lézards, on leur demande  de traverser Paris par leurs propres moyens et celui qui arrive entier est le gagnant : une place à l’année au zoo de Vincennes !

-       Hum ! Tout compte fait je ne voyagerai qu’avec toi. Tu disais à propos de Vuitton ?

- Je disais qu’il souhaitait tenter sa chance à Paris (je te rappelle qu’il n’avait alors que 14ans !). Paris est à 400 km de la commune où vit l’adolescent. C’est à pied qu’il parcourra cette distance et arrivé à Paris il y trouvera une place d’apprenti chez un « layetier-emballeur-malletier » pour y réaliser des coffres de voyage. Son patron, remarquant combien ce tout jeune homme travaille avec adresse et application, lui confie petit à petit ses clients les plus notoires. C’est ainsi que 17ans plus tard c’est à lui que le patron confie le soin de s’occuper d’un nécessaire de voyage pour l’impératrice Eugénie…

Deux ans plus tard, Louis  fonde sa propre société et ouvre sa première boutique Louis Vuitton Paris. Lors de son apprentissage, le créateur a pu et su observer les changements de son époque. Avec l’essor des transports, les voyages connaissent de plus en plus de succès. Louis Vuitton fait un constat : les malles bombées sont inadaptées à l’empilage dans les transports. Il crée alors la malle plate, plus pratique. Rapidement, l’idée est un succès. Le créateur déplace ses ateliers dans une ville de bord de Seine afin de profiter du transport fluvial. Quelques années plus tard, Vuitton s’inspire à nouveau des voyages et de l’ailleurs pour accroître son activité : l’ouverture du canal de Suez offre au créateur de nouveaux clients avides de luxe à la française. Les maharadjahs et les rois d’Orient deviennent alors la meilleure vitrine pour la marque.

En 1870, son fils Louis, développe la griffe à l’étranger.  Vuitton est alors présent à Londres, puis à New York.

-       Tu m’achèteras une sacoche Vuitton ?

-       Désolée Cody mais c’est un peu cher pour moi. Mais je trouve qu’il est bon que  sacs, malles etc.…de haute qualité, ne soient pas « bradés » encore une fois ce savoir-faire n’est pas dû au hasard mais bien au travail d’un ouvrier et crois-moi ceux qui aujourd’hui sont capables de confectionner des articles de cette qualité en sont très fiers !

-       Il y a de quoi. Tu me parlais aussi d’un autre créateur qui comme Vuitton s’est construit une notoriété ne la devant qu’à son travail ?

-  Il s’agit de Thierry Hermès. Lui aussi est une bonne illustration d’un ouvrier qui se hissa au statut de patron grâce à ses qualités manuelles et son inventivité. Il n’est  d’abord qu’un simple artisan sellier. Il décide, un jour, de fonder une fabrique de selles et de harnais pour chevaux qui portera son nom de famille : Hermès. Nous sommes en 1837, notre sellier sait que ce genre d’industrie ne peut qu’évoluer en ce milieu du XIXe siècle, car les chevaux sont encore l’un des moyens de transport le plus courant. La Maison Hermès va rapidement se faire remarquer dans le monde des selliers de grande qualité en gagnant un titre à l’Exposition Universelle de 1867. Cette récompense va permettre à la marque d’attirer une clientèle aisée et élitiste

Voilà deux exemples qui démontrent bien que Louis VUITTON et Thierry HERMES ont débuté comme simples ouvriers. Il  suffit d’ouvrir les dictionnaires pour prendre conscience que les « riches » sont souvent garants de notre patrimoine culturel, artistique…Et qu’il est heureux qu’existent des bagages signés Vuitton et des selles signées Hermès…C’est avant tout le savoir-faire d’une région, d’un pays qui est ainsi promotionné…tant que les Chinois ou autre pays ne viennent pas racheter ces marques prestigieuses  qui faute de clients seraient obligées d’arrêter leurs productions comme cela est malheureusement arrivé pour des marques de chaussures comme Jourdan.

-       Jourdan ?

-         L’histoire de la marque Charles Jourdan remonte au début du XXe siècle, quand les usines de chaussures se faisaient encore rares, et la concurrence quasi inexistante. Charles Jourdan donne son nom à une entreprise de chaussures en 1919, et commence à produire dans un atelier assez sommaire situé à Romans.

-       Cela me dit quelque chose ton Romans ? C’est dans la Drôme !

-         Alors là monsieur Cody si vous êtes fort en géographie sachez que je ne suis pas de taille à concourir avec vous : je suis nulle en la matière !

-         Quand je voyage je retiens paysages et les commentaires de mon voyageur satisfaisaient ma curiosité

-       Il faut être curieux de tout tu as parfaitement raison. En fait j’aime que mes amis, lorsqu’ils sont amenés à voyager que ce soit dans une contrée proche ou un pays lointain, soient capables de m’en faire découvrir des lieux, des traditions, des modes de vie

-       Comme le faisait mon voyageur, au travers de carnets de voyage ?

-       Exactement Cody car écrire, dessiner, peindre c’est, pour moi, la meilleure façon d’appréhender paysages, coutumes, autochtones.

-       Et ton fabriquant de chaussures ?

-       Il faudra attendre quatre ans pour que notre bottier parvienne à empiler les premières briques de son usine.

Grâce à une équipe de commerciaux dynamiques, Charles Jourdan prend rapidement de l’ampleur en France, puis à l’étranger. En 1939, Charles Jourdan produit 400 paires de chaussures par jour, et ce n’est qu’un début…

-       C’est presque dommage que vous les humains ne marchiez que sur deux pieds…

-       Mais nous avons aussi des gants…

-       Tu me donnes des idées…Ok, ok continue…

- Bon, je disais donc que dans les années 40, Charles Jourdan est la marque où viennent se fournir toutes les femmes, y compris les plus fortunées que l’on voit apparaître sur le grand écran. Marlène Dietrich, Michelle Morgan, Marylin Monroe, et même Edith Piaf passent leur pied dans les créations du français.

D’autres grandes marques voient le jour : c’est à Romans dans la Drôme que se situent la plupart des usines où se confectionnaient les chaussures, symboles d’élégance et du bon goût à la qualité incontestable, tant dans les cuirs sélectionnés que dans le savoir-faire des ouvriers chargés de réaliser les coupes et coutures donnant souplesse et beauté des formes. Aujourd’hui la quasi-totalité de ces chaussures mythiques n’a plus que le nom de la marque (rachetée) et ont perdu toutes leurs qualités parce que fabriquées à l’étranger par des gens-là véritablement exploités et hélas n’ayant pas eu l’occasion d’avoir accès à une formation de qualité…Les anciens ouvriers qui travaillaient à la création de ces superbes chaussures se sont, quand ils l’ont pu, recyclés dans la chaussure orthopédique mais tous (et j’en ai rencontré plusieurs)  déplorent la disparition de ces chaussures   témoins d’un savoir-faire qui, s’il ne se trouve plus d’ouvriers l’ayant acquis au fil d’années d’apprentissage, disparaîtra, hélas, au profit d’industriels qui, eux, font peut-être des sacs, des chaussures bon marché mais sans véritable esthétique et surtout ( pour les chaussures) avec des conséquences douloureuses pour nos pieds…

-Mais comment voudrais-tu remédier à cela ?

-En essayant, par quelques exemples concrets, vérifiables, de démontrer que patrons et ouvriers sont complémentaires et que l’un n’est pas supérieur à l’autre mais que chacun doit se hisser au niveau requis pour sa fonction par des études, du travail et admettre que nous avons tous des facultés différentes et que la véritable chance pour un manuel n’est pas de lui faire faire des études pour lesquelles il n’est pas fait mais bien de lui permettre de rencontrer des « maîtres » qui l’aideront à acquérir le savoir-faire qui lui permettra de se « cultiver » au vrai sens du terme.  Si l’on possède une culture générale uniquement livresque cela ne mènera jamais très loin et à l’inverse si l’on est « intelligent » mais sans l’acquisition de connaissances indispensables à faire fructifier cette intelligence cela ne servira pas non plus à grand-chose. Ainsi un scientifique a besoin des deux, tout comme un artiste qui doit connaître les côtés techniques de son art  pour ensuite les dépasser et ainsi pouvoir créer. Idem pour l’ouvrier, l’artisan, qui sera amené à résoudre des problèmes techniques en faisant lui aussi appel à ses facultés mentales. C’est pourquoi je pense que la culture générale est indissociable de l’intelligence lui permettant de s’épanouir.

 

 

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